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Métier étrange que nous faisons.

Peu le comprennent. Il y aurait beaucoup de choses à en dire. Certaines bonnes, d’autres mauvaises, et là encore tout dépend des critères des uns et des autres. Mais ce n’est pas important. Ce qui compte, c’est comment nous, qui faisons ce métier, nous le concevons. Là encore, chaque danseuse a son idée, son ressenti.

Fondamentalement, nous nous présentons sur scène et nous allons voir les clients pour leur proposer des danses privées. Jusqu’ici, rien de bien humainement valorisant. Il parait que nous sommes vénales et que nos clients sont des pervers. C’est probablement parfois vrai.

Mais il se peut cependant qu’un petit comte de fée urbain du XXI ème siècle se déroule derrière les portes de ces clubs souvent mal réputés et je vais tenter ici de vous en conter un, le plus fidèlement possible, autant que ma mémoire le permette.

De mon point de vue de danseuse, tout semblait banal quand cet homme est entré dans la pièce, quoique son pas fût quelque peu hésitant. Physiquement, on eu dit de lui qu’il était « un beau bébé », « un nounours ». Vous voyez de quoi je parle: grand, costaud, avec un visage très doux. Une de mes amies va le voir, ils discutent, il lui offre un verre, ils partent en danse privée. Banal comme je vous le disais.

Cet homme est revenu un autre jour et j’ai pu aller le voir. Il était très timide. Nous l’avons trainé jusqu’à la scène pour qu’il s’amuse à mettre des faux billets sur les danseuses comme dans les films américains. Il a eu besoin de temps pour être à l’aise mais a finit par se prendre au jeu. Comme il était gentil et très respectueux, d’autres filles sont venues lui parlé. Il rougissait chaque fois que l’une d’entre nous s’approchait de lui. Il est revenu encore quelques fois. Plus à l’aise à chaque fois, et un jour il s’est confié.

Il m’a raconté les circonstances de sa première venue au club: à 28 ans, il était encore vierge et il était venu dans la quartier pour trouver une prostituée afin de pallier à cet état car il éprouvait une timidité maladive par rapport aux femmes; mais il est tombé sur le club et a décidé d’y entrer. Comme il y avait passé un bon moment, il y est revenu et le fait que les filles viennent lui parler l’a aidé à se détendre vis à vis de la gente féminine. Il m’a dit que grâce à nous, il n’avait plus peur d’aller parler aux femmes et que si elles le repoussaient, ce n’était pas grave, parce qu’il avait essayé. Il s’était même trouvé une petite amie avec laquelle il avait perdu sa virginité. J’étais à la fois émue et fière d’avoir pu participer à mon insu à cette expérience.

Peut être pourrez-vous tirer comme morale à cette histoire (qui n’est pas du tout une histoire de morale) qu’une rencontre fortuite peut amener beaucoup si on sait l’exploiter comme l’a fait cet homme, qu’aucune peur n’est totalement insurmontable et qu’il arrive que les strippers aient du cœur.

Ego

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